Actualités - A la Une

Les Martyrs d’Algérie béatifiés le 8 décembre 2018 en la fête de l’Immaculée Conception



« La sanctification est un cheminement communautaire, à faire deux à deux » rappelait le pape François dans son exhortation sur la sainteté, Gaudete et exultate, et de citer les moines trappistes de Tibhirine. Le témoignage éclatant des 19 religieuses et religieux d’Algérie vient corroborer aujourd’hui la pensée du pape.

 « C’est parfois deux à deux (quelquefois plus) qu’ils ont été saisis par la violence islamiste, note Anne-Bénédicte Hoffner dans la Croix : le mariste Henri Vergès et la petite sœur de l’Assomption Paul-Hélène Saint-Raymond ; Srs Caridad et Esther, les deux espagnoles et augustines missionnaires ; les quatre Pères Blancs ; Srs Angèles et Bibiane, de Notre-Dame des Apôtres… Au-delà des circonstances tragiques de leur mort, l’offrande de leur vie montrent à quel point leur vocation à la sainteté s’est réalisée dans un « deux à deux quotidien » avec et au milieu des Algériens, grâce à celles et ceux que la vie de quartier, les services partagés, avaient fait leur prochain » (ainsi que le note le postulateur de leur cause, Frère Thomas Georgeon).


Tandis que le Moyen-Orient est embrasé… quel message pour aujourd’hui…

« Il est difficile de faire un parallèle entre la situation qui entraîna l’assassinat de 19 religieux en Algérie entre 1994 et 1996 et l’actualité dramatique au Moyen-Orient : le contexte n’est pas le même, il faut éviter les raccourcis. La présence chrétienne en Syrie, Irak ou Égypte remonte à la naissance du christianisme et est ininterrompue. Le message des 19 religieux et religieuses, membres d’une Église« hôte », est limpide : il faut approfondir le sens de la présence de l’Église, démontrer qu’une coexistence fraternelle et respectueuse est possible entre religions. En monde musulman, c’est l’Évangile de la paix qui est annoncé et témoigné, mais nous n’avons pas prise sur l’autre : il peut rester sourd et aveugle face à un tel témoignage, comme c’est le cas actuellement pour les communautés chrétiennes du Moyen-Orient martyrisées. Ce ne fut pas le cas en Algérie, où de nombreux musulmans vénèrent les 19 martyrs. » explique Fr Thomas Georgeon.

 
En quoi l’exemple des sept moines de Tibhirine peut nous aider à résister à l’islamophobie et son instrumentalisation mondiale…

« Redoutable enjeu, car la violence actuelle, l'ignorance de l'autre, le communautarisme sont tels, que tout porterait à croire que le salut vient par l'islamophobie. D'un autre côté, il ne faut pas tomber dans l'angélisme. Les frères de Tibhirine ont fait plusieurs choix personnels et communautaires : vivre la vie monastique en monde musulman (après l'indépendance de l'Algérie et le départ des chrétiens) ; ne pas se laisser instrumentaliser par les parties opposées durant la guerre des années 1990 ; rester fidèle au Christ, à leur appel, à leur enracinement, à leurs voisins qui n'avaient, eux, pas le choix de rester ou partir. Le choix enfin de vivre l'interculturalité et l'interreligiosité concrètement. Ces hommes n'ont jamais songé à se replier sur eux-mêmes. Quand on sait le poids du repli identitaire qui guette en Occident comme en Orient, on perçoit mieux la force de leur exemple », affirme Fr Th. Georgeon, moine trappiste en communauté à Rome.

Le dialogue interreligieux … La mort des martyrs est-elle vraiment la semence de la civilisation de l’amour ?

« Il y a eu dans l'Eglise, depuis Vatican II, un effort soutenu pour promouvoir le dialogue islamo-chrétien. La difficulté est qu'on ne peut pas parler d'un islam mais de plusieurs islams et, de ce fait, il est difficile de tirer le bilan du dialogue. Nous assistons, impuissants, à la montée du fanatisme et de la violence antichrétienne. L'Eglise n'est pas dans une logique "expansionniste" et "belliqueuse", elle prêche l'Evangile. Les martyrs sont des semeurs "lucides". Ils savent qu'ils n'ont pas encore les mots justes et développent une spiritualité du "vivre ensemble" en créant des espaces de rencontres, en affrontant des défis communs, comme aimait le dire Mgr Claverie. Ce "vivre ensemble" traduit, selon moi, le verbe "demeurer" qu'on trouve souvent dans l'Evangile de Jean. Au sens physique et spirituel, on trouve là la semence de cette civilisation de l'amour: une présence, la manifestation du Christ, une communion» (Fr. Thomas Georgeon)

En conclusion, Mgr Pierre Claverie, dominicain, évêque d’Oran, assassiné le 1° août 1996 avec son ami musulman Mohamed Bouchikhi, nous livre son message d’espérance pour que nous rendions compte nous aussi de l’espérance qui est en nous et qui est sans doute la clé de cette spiritualité que nous proposent aujourd’hui tous ces nouveaux bienheureux  : «Le maître mot de ma foi est aujourd’hui le dialogue ; non par tactique ou par opportunisme, mais parce que le dialogue est constitutif de la relation de Dieu aux hommes et des hommes entre eux » avait écrit Pierre Claverie qui avait le « goût de l’amitié, et d’une humanité plurielle non exclusive », comme le souligne aujourd’hui Fr Jean-Luc-Marie Foerster, prieur du couvent des Dominicains de Poitiers.  

        

Jean-Marie Gauthier
 


Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran
Assassiné le jeudi 1er août 1996
Béatifié le 8 décembre 2018
 


« Il n’y a d’humanité que plurielle
et dès que nous prétendons posséder la vérité,
nous tombons dans le totalitarisme et dans l’exclusion.
Nul ne possède la vérité, chacun la recherche.
Il y a certainement des vérités objectives
mais qui nous dépassent tous
et auxquelles on ne peut accéder que dans un long cheminement
et en recomposant peu à peu cette vérité-là,
en glanant, dans les autres cultures et dans les autres types d’humanité,
ce que les autres aussi ont acquis,
ont cherché dans leur propre cheminement vers la vérité.
Je suis croyant, je crois qu’il y a un Dieu,
mais je n’ai pas la prétention de posséder ce Dieu-là,
ni par le Jésus qui me le révèle ni par les dogmes de ma foi.
On ne possède pas Dieu.
On ne possède pas la vérité



et j’ai besoin de la vérité des autres. »
 

Dans « Prier 15 jours avec Pierre Claverie » par Patrick Vincienne (éd. Nelle Cité)

Questions liturgiques

Pourquoi aller à la messe le Dimanche ?

Nous ne devons pas oublier que la foi, c’est une relation vivante avec Dieu. Comme toute relation, elle se doit d’être nourrie régulièrement, autrement elle s’endort et même elle se sclérose.

Lire la suite...