Actualité paroissiale

L’APEL à la proue du navire de la « transmission » ! (2)


 

A la suite de la grande rencontre de l’enseignement catholique le 12 octobre au WTC, l’Association des Parents d’Elèves de l’Enseignement Libre de Guadeloupe convoquait tous les parents et tous les partenaires des instances de l’enseignement libre à une rencontre autour de la Transmissionce samedi 13 octobre de 8 h 30 à 12 h 30 à la résidence départementale du Gosier. « Comment et que transmettre à nos enfants pour être dans le monde de demain ? » Qu’est-ce que transmettre ? La transmission est au cœur de notre humanité. Elle est un don qui éveille. Qu’elle concerne des savoirs, des valeurs, des identités, des cultures, des mémoires… qu’elle soit consciente ou inconsciente, elle est au centre de notre condition humaine. Nous nous construisons avec ces échanges dont certains transforment durablement notre vie. Qu’avons-nous reçu en héritage ? Que souhaitons-nous transmettre et comment ? La transmission est le moyen de perpétuer ce qui nous semble essentiel, de faire en sorte que cela survive (et nous survive), mais aussi de nous transformer et de faire grandir… Nos enfants, nos miroirs ; changer de regard ; veiller et non surveiller ; ouvrir des portes…

 

Catherine Romuald, dynamique présidente de l’APEL académique de Guadeloupe, a accueilli chaleureusement, et le public nombreux et motivé (près de 200 personnes) et les intervenants de qualité pour ce sujet si intéressant qui traite de l’avenir de nos enfants, de nos jeunes, de nos familles… Deux temps forts : la conférence de M. Carol ALLAIN, universitaire du Canada, suivie d’une table ronde sur le thème : « comment transmettre pour faire grandir ! » animée par François-Joseph Ousselin, avec entre autres Raymond Otto, anthropologue guadeloupéen de renom.

 
Carol Allain,dans une intervention brillante à vous couper le souffle (il a déjà animé plus de 6000 conférences et formations à travers le monde entier auprès d’entreprises, d’organisations sociales, d’institutions et d’associations) nous a parlé de cette génération Z : plus sélective qu’excessive… l’adaptation aux changements et l’impact sur les générations ! Son propos voulait nous faire survoler l’ensemble de la problématique de la transmission sur plusieurs générations, avec ses hauts et ses bas, mais surtout le grand bond que nous font vivre les jeunes d’aujourd’hui, cette génération Z qui n’arrête pas de nous surprendre, de nous interpeler, de nous inquiéter… Une constante : autrefois la transmission était guidée par la Raison, aujourd’hui les nouvelles générations sont guidées par la Passion. Et de déployer toutes les subtilités que les enfants et les jeunes actuels nous imposent.
A la question des parents, des adultes : « tu dois travailler pour réussir et arriver à bien ! » La réponse du jeune c’est : « mais qu’est-ce que tu aimes dans la vie ? » ; nous renvoyant à la contradiction de nos sociétés où 30% des moins de 25/30 ans sont à la recherche d’un travail. Carol Allain poursuivant son exposé par des interpellations imparables : cette génération Z est née pour être « contentée » (d’où l’adaptation de notre langage à cette jeunesse en quête incessante). La nouvelle génération n’a plus d’oreille, elle n’a que des yeux, rivée qu’elle est sur son portable dernier cri. Nos jeunes ont soif de grand’ air, d’évasion ; la vision planétaire est sur leur écran tous les jours. Si l’on peut déplorer que la jeune génération quitte la Guadeloupe, n’oublions pas qu’en France ces dix dernières années ce sont 600.000 jeunes qui ont quitté leur pays pour s’installer partout ailleurs. Tout va si vite… 24% de chômage en Guadeloupe, mais il y en a 25% en Europe aussi. Terrible constat pour la formation intellectuelle et professionnelle : il faut des études pour la tête, mais tout autant des études pour les mains… Cette génération Z élimine la pensée critique pour être d’emblée plus collaborative. 60% de cette génération Z veulent créer leur entreprise : le mot créer, faire du neuf, imaginer autre chose… est la visée première. Avant le monde était plus vertical : le savoir venait d’en haut, aujourd’hui on est dans un monde plus horizontal avec l’importance grandissante du « managment » de proximité.

Génération Z
A l’échelon du monde, il y a 2,5 milliards de jeunes en mouvement… alors qu’ils étaient seulement 600 millions la génération précédente.
Jeunes en mouvement : envie de bouger de multiples façons… le voyage commence par internet et se poursuit avec tous les dangers que l’on sait, mais pas seulement.
Les grand choc : l’arrivée de toutes les technologies dans tous les domaines… des hautes technologies… des multiples moyens de communication qui façonnent tout. La génération précédente X c’était deux langues, deux continents… la génération Z va bientôt réclamer trois langues, trois continents. Tout bouge et en 2018 l’adolescence se termine à 24 ans.
Cette génération qui nous bouscule revendique l’importance des « associations » : 1) être citoyen participatif 2) s’initier, se relier  3) être en réseau, manger ensemble, créer ensemble  4) faire des projets.
L’Education est la priorité absolue(M. Allain a rappelé que le cardinal Ricard et M. César l’avaient bien déclinée hier). Les nouvelles générations sont ouvertes sur le monde, elles ne veulent plus, ne peuvent plus vivre en circuit fermé. Dans les établissements scolaires importance de transmettre « la manière » avant l’accumulation des savoirs pour les bons résultats. La génération Z se formera à vie (formation permanente capitale ; le monde bougeant tellement).
La Santé : le « care » (prendre soin de) prend le pas sur tout… et la santé psychique va être la première préoccupation. Trois organes sont affectés dans cette génération Z : l’oreille (car les écouteurs sont toujours branchés) ; l’œil (saturation d’écran ; et vie à l’intérieur) ; le cœur (le jeune en posture assise ou accoudée (quand ce n’est pas allongée) ne se bouge plus, consommant du statique à tout bout de champ.
Le travail :télétravail et travail à distance vont s’accentuer. Les jeunes qui seront embauchés seront ceux qui sauront accumuler le maximum d’informations ! La génération Z va prendre des risques !
Contradiction :les anciennes générations étaient collectives, les jeunes aujourd’hui sont plus individuels en vérité même s’ils aiment « être ensemble » (mais n’est-ce pas une façade) du coup on a recours à des intervenants partout, des « coachs » même dans les familles !

Questions :
Comment accompagner un ado ?  « Jamais trop près , jamais trop loin ».
Un levier fondamental de la transmission ? La répétition.
Intervention de représentant du recteurpour valoriser la transversalité dans les apprentissages, faire « de la géographie prospective » pour impliquer l’élève dans l’apprentissage de l’écologie, de la géographie…  créer des passerelles, relier les établissements entre eux (oser faire des ponts entre les écoles supérieures d’architecture et les lycées de formation professionnelle industrielle)…

 
La seconde partie de la matinée a été consacrée à la table ronde réunissant un panel de personnalités fort intéressantes permettant d’ancrer la réflexion et de prendre en compte la problématique de notre contexte guadeloupéen. François-Joseph Ousselin a su animer ce grand moment d’échange en chef d’orchestre chevronné :
-Raymond Otto (anthropologue) : la transmission demande la légitimité dans les trois articulations : le transmetteur, le contenu, le récepteur. Si la Tradition recule, elle demeure ancrée, nous devons en tenir compte. Le numérique, au-delà du risque et des dangers de l’excès, peut être un « ami » pour assurer la transmission (cartographier nos tombes pour ne pas perdre la mémoire de nos parents décédés pendant le mois de novembre par des antillais vivant en métropole).
-Huguette Lamie (directrice de l’école de St Claude) : il faut qu’on change pour mieux transmettre. La transmission demande de plus en plus d’échanges entre parents et enseignants.
-Yannis Alagapin (directeur du collège du Moule) : la légitimité et la reconnaissance entraînent un contrat didactique circonstancié. Rendre les enfants autonomes. L’autorité : les élèves ne veulent plus qu’on parle, mais qu’on leur parle. Ne pas confondre les principes et les circonstances. Aux enseignants : « lâchez-vous ! » afin de relier les savoirs, les époques, la pédagogie…
-Jean-Louis Mansot (professeur d’université) : actuellement on remarque une régression des savoirs antérieurs malgré le numérique qui prétend pallier tout. Difficulté de concentration, de déduction. Les professeurs doivent actualiser leur enseignement et motiver par la recherche. Adapter une démarche de logique.
-Yannis Alagapin : tout est transversal, les valeurs sont là.
-Raymond Otto : on a du mal à mettre en lien leurs connaissances. Le processus a supprimé le travail de méthode et de construction. Verticalité et horizontalité vont de pair.
-Carole Bores (Psychologue) : on est envahi par nos histoires familiales, on a du mal à transmettre. Mettre des mots sur nos maux est essentiel pour avancer. Tenir compte de l’inconscient familial qu’on ne veut pas léguer. Voir les symptômes de l’enfant.
-Jean-Louis Mansot : transmettre le goût de l’effort. Les apprentissages ont des règles. Etre interactif. Donner le goût du travail.
-Yannis Alagapin insiste sur nos devoirs de parents.
-Père André Dénécy : Chez les scouts nous éduquons les jeunes par le jeu et les prises de responsabilité. Rendons les utiles, actifs, responsables et heureux. Et vivre cela en équipe. Voilà la clé !  La transmission : les jeunes nous regardent, leur faire confiance, promouvoir l’idée de projet (les connaissances débouchent sur des projets, prôner les expériences). Accompagner les jeunes, c’est parfois une croix ; jamais facile, rien est acquis. Une croix vers l’Espérance, c’est le rôle de l’Eglise.
-Jean-Louis Mansont : il y a tout un travail à faire ensemble. Ne pas mettre tout sur les parents, pas tout sur les enseignants. Croiser les connaissances, les méthodes ; privilégier le dialogue et les rencontres. L’interaction dans l’apprentissage permet de sortir des ornières.
-Père Dénécy : l’Eglise rejoint chacun là où il est. Sortir du permis et du défendu. La bienveillance est à mettre en avant. Cultiver tout ce qui est beau.
-Raymond Otto et Yannis Alagapin : le décrocheur aujourd’hui est le « école buissonnière » d’hier qui avait toujours questionné les problèmes de société. Ne pas confondre transmettre des valeurs et produire des comportements. Le bonheur c’est gratuit, c’est le plaisir qui est cher ! La transmission c’est « multi acteur » dans l’humain, seul le numérique si on n’y prend garde est anxiogène.
-Carole Bores : la place de l’amour authentique, sain est une clé première dans l’éducation et donc dans la transmission. Importance de la co-construction dans l’éducation, pour la cohérence dans la transmission.
Magnifique cohésion des instances de parents d’élèves en Guadeloupe, François-Joseph Ousselin présentait alors Michel Gédéon, président de la FAPEG (fédération des parents d’élèves de l’enseignement public en Guadeloupe), qui avait tenu à participer à la rencontre : « la vérité est que l’institution « école » si valorisée par les familles auparavant chez nous et qui avait une longueur d’avance dans l’éducation, se retrouve aujourd’hui un peu en perte de vitesse… aidons à sa mutation ! Continuons de travailler ensemble. Apprenons à rencontrer des témoins et à nous concerter. Prenant l’exemple de la matière informatique B2i en collège, les enseignants qui transmettent le savoir suivant le cheminement exigé par les programmes s’aperçoivent que dans ce domaine particulier les élèves en savent souvent plus qu’eux ! »
Père Dénécy est invité à conclure : le bonheur c’est aimer et être aimé. La croix est difficile ; c’est pas le chemin qui est difficile, c’est difficile qui est le chemin !
 

Restait alors à Catherine Romuald présidente de l’APEL Guadeloupe à conclure le travail de cette matinée de réflexion intense et constructive pour tout le monde. Elle saura continuer d’en assurer la synthèse et de faire le lien entre tous. Un merci du fond du cœur qu’elle a su adresser à tout le monde !
Qu’il nous soit permis ici de saluer le dynamisme, la compétence, le travail et le dévouement de Catherine qui inlassablement et aux avant-postes toujours, est soucieuse de ne rien négliger et de privilégier les valeurs humaines de l’entraide et de la solidarité dans tout le travail de l’APEL (que ce soit en Guadeloupe, comme au national où elle nous représente). Nous saluons son courage, sa présence attentive à chacune et chacun. Félicitations aussi à toute son équipe qui, autour d’elle, et en lien harmonieux avec la direction diocésaine de l’enseignement catholique, cultive un bon esprit de cohésion et de labeur, symbole de la flamme qui anime chacune et chacun pour aider nos enfants, nos familles et nos établissements scolaires à vivre dans l’Espérance !
Jean-Marie Gauthier
 

 
 

Questions liturgiques

Pourquoi aller à la messe le Dimanche ?

Nous ne devons pas oublier que la foi, c’est une relation vivante avec Dieu. Comme toute relation, elle se doit d’être nourrie régulièrement, autrement elle s’endort et même elle se sclérose.

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